Jean-Luc Mélenchon: Pourquoi avons-nous fondé le Parti de Gauche?
Jean-Luc Mélenchon est venu à Esch-Alzette, au 10e anniversaire de déi Lénk, pour expliquer les raisons de la fondation du Parti de Gauche en France. Malheuresuement nous ne disposons pas du texte de son discours, mais en guise de celui ci nous publions un discours que Jean-Luc Mélenchon a tenu le 29 novembre 2008, très proche de ce qu'il a dit à Esch:
Amis, camarades, c’est vrai que nous y pensions depuis longtemps. Cela fait un moment que nous discutions avec Oskar Lafontaine. Depuis déjà quelques années, plusieurs d’entre nous vont et viennent entre les deux rives de l’Océan et rencontrent les camarades du Venezuela, de Cuba, de Bolivie, d’Argentine, d’Uruguay et du Paraguay, tous ceux qui ont entrepris d’affronter le capitalisme et l’empire fauteur de guerre.
Nous avons cru, comme beaucoup d’entre vous, que tout cela finirait par s’arranger, que s’imposerait la solution la plus pratique et la plus simple, en d’autres termes que le grand parti que la gauche avait fabriqué au prix de tant d’efforts dans ce pays, le parti socialiste, tiendrait son rôle. Nous avons essayé jusqu’au bout, mais maintenant, c’est fini! Cela suffit! Nous tournons la page, et nous la tournons tous ensembles, les anciens socialistes mais pas seulement! En effet, à peine avions-nous commencé que nous avons tout de suite été rejoints. Nous proposons à tous une démarche militante par la fondation d’un parti creuset, outil de notre projet politique anticapitaliste, le Parti de Gauche. Nous proposons un horizon politique, au-delà du capitalisme, la République Sociale et le programme des transitions qui y conduisent. Nous proposons enfin une stratégie à vocation majoritaire au parlement et au gouvernement, la stratégie du Front de gauche.
Nous entreprenons une démarche politique non seulement pour témoigner des valeurs dont nous sommes les porteurs, les héritiers et les flambeaux pour l’avenir ; mais nous menons également ce combat politique pour rassembler une nouvelle majorité politique de gauche dans le but de gouverner le pays. J’insiste, il s’agit bien de gouverner le pays, de changer la vie. Ce pays nous appartient autant qu’aux puissants qui l’accaparent.
Bien sûr, nous savons que ce n’est pas en un mandat législatif que nous pourrons atteindre tous les objectifs qu’appelle notre projet de République Sociale. Il n’en demeure pas moins que, en un mandat parlementaire, nous pouvons déjà engager les quatre grands chantiers de la refondation de notre société.
Premièrement, nous voulons inverser l’ordre du partage des richesses entre le capital et le travail sous toutes ses formes: salaires, sécurité sociale, service public… Nous savons d’ores et déjà comment nous financer: nous récupérerons les dix points de la richesse nationale passée des poches du travail à celles du capital. La France produit le double de ce qu’elle produisait en valeur en 1981. Elle est riche parce que les travailleurs n’ont jamais autant et aussi bien travaillé! Ils peuvent en effet se prévaloir de la première productivité horaire du monde! Par ailleurs, jamais le niveau d’éducation et de formation du peuple français n’a été aussi élevé! Nous devons cela à notre école, à nos maîtres, à nos instituteurs, à nos professeurs qui sont régulièrement victimes d’attaques alors qu’ils sont la racine de notre éducation, de notre dignité et de la splendeur de la France. Il faut partager la richesse!
Deuxièmement, nous voulons installer la planification écologique tout de suite, car le temps presse. Vous avez bien entendu, j’ai utilisé l’expression de «planification écologique», car je n’ai pas peur de la planification dès lors qu’elle est démocratique et organisée au nom de l’intérêt général. La planification écologique est aujourd’hui nécessaire pour engager la transition entre le modèle actuel de production, de consommation, de vie et d’échange et le modèle de développement écologique qu’il est urgent de faire naître.
Troisièmement, il faut réaliser la refondation républicaine et laïque des institutions et de la société française. Pour ce faire, il faut passer à la sixième République parlementaire et garantir le droit de citoyenneté des travailleurs dans l’entreprise.
Quatrièmement enfin, nous devons tourner la page du modèle pourri de construction libérale de l’Europe dont le Traité de Lisbonne est la misérable règle du jeu. Laissez respirer la puissance des peuples, la force de la démocratie, et vous verrez si les Européens ne sont pas capables d’inventer leur intérêt général, de s’aimer et de vivre ensemble! Vous verrez s’ils ne peuvent pas cesser de se mener cette abjecte guerre les uns contre les autres pour le travail, provoquée par le dumping social, fiscal et écologique que les puissants ont organisé et qu’ils osent appeler «Union européenne».
Amis, camarades, je veux à présent vous parler de notre nouveau parti. Il porte un nom générique puisqu’il se nomme «Parti de gauche». Pourtant, la gauche est un ensemble divers qui contient des histoires variées liées aux grands moments des luttes qui ont constitué l’identité républicaine de la France. Cette diversité est toujours vivante et elle est représentée par des partis incontournables et sur lesquels il faut compter. Nous ne prétendons pas représenter à nous tout seul la totalité de la gauche. Certainement pas! Mais, nous avons une ambition originale que personne d’autre ne porte à cet instant. Nous souhaitons pouvoir nous approprier et faire nôtre tout ce que la gauche, dans sa diversité voire ses contradictions internes, a pu produire, et ce sans tenir aucun compte des étiquettes sous lesquelles cela a été produit. En d’autres termes, nous intégrons dans notre patrimoine fondateur toute cette histoire, celle d’un siècle et demi de luttes de la gauche, avec toutes ses ombres mais aussi avec la splendeur de ses lumières.
Nous voulons être un parti creuset où se mêlent, pour faire du neuf, toutes ces histoires: les histoires venues du passé profond mais aussi les histoires de la période contemporaine, l’histoire de France mais aussi l’histoire de l’Europe et l’histoire du Monde. Nous voulons être à l’écoute de ceux qui luttent apprenant avec modestie à l’école de ceux qui vainquent.
Pour notre part, nous ne donnons pas de leçons aux Vénézuéliens, aux Boliviens ou aux Uruguayens en leur disant quelle est la forme parfaite de la révolution démocratique. Nous les admirons et nous les respectons. Nous apprenons auprès d’eux. Nous ne nous prenons pas pour les donneurs de leçons de la Terre entière! En un sens, vous allez comprendre, nous, les membres du Parti de gauche, sommes tous des Oskar Lafontaine, des Hugo Chavez, des Evo Morales Ayma, des socialistes, des communistes, des écologistes, des trotskistes et même des libertaires à notre manière! Nous sommes tout cela et nous sommes passionnément républicains! Bref, nous sommes de gauche, en général et en particulier.
Nous prenons tout et nous répondons de tout.
Nous avons une longue histoire et c’est un bonheur de l’évoquer: La Boétie, les philosophe des Lumières, les Maillotins de Paris, qui courraient plus vite que leurs bourgeois, les sans-culottes, Robespierre, fondateur de notre liberté, Olympe de Gouges, notre remords, Gracchus Babeuf, ceux de 1848, les Communards, l’immense lumière de la révolution russe d’octobre 1917, apportant la réponse de la liberté à la tuerie de la Grande Guerre qui avait conclu la première grande crise du capitalisme, le martyr des résistants pour vaincre les nazis, la lutte pour la décolonisation… Tout! Nous prenons tout.
Nous plaçons le Parti de gauche sous les auspices tutélaires des deux visages qui dorénavant nous accompagneront dans nos batailles: Jean Jaurès et l’indomptable Louise Michel.
Nous avons les yeux ouverts, nous sommes lucides et capables de bilans raisonnés plutôt que d’anathèmes, d’assimilations de ce qu’il y a de bon plutôt que de mises au pied du mur et d’index vengeurs tendus sur le voisin qui s’est trompé. Nous assumons la responsabilité des échecs parce qu’ils nous servent de leçons et que le savoir nous grandit.
Nous faisons également nôtres toutes les victoires, notamment les victoires électorales de la gauche, et ainsi le bilan des gouvernements de gauche que nous voulons critique, sans complaisance y compris lorsqu’il nous concerne personnellement mais aussi reconnaissant pour les progrès qu’ils ont arrachés! A l’heure de la retraite à soixante-dix ans, n’oubliez jamais que vous devez la retraite à soixante ans aux luttes libératrices pour le programme commun et à la victoire arrachée à la droite. A l’heure de la franchise médicale, n’oubliez pas aussi que vous devez la couverture maladie universelle à une autre victoire électorale!
Tout ce que le peuple ouvrier a pu arracher pour son éducation, ses soins, l’accompagnement des enfants et par le service public l’a été par des luttes tant sociales qu’électorales. Cela vaut la peine de lutter, de se révolter, de voter et de gouverner!
Camarades, nous ne sommes plus des héritiers, nous ne le pouvons pas. Nous sommes des orphelins de parti, et tant mieux! Voilà que commence l’ère des pionniers. Nous sommes effectivement des pionniers et des partisans, puisque c’est ainsi que l’on appellera désormais les membres du Parti de gauche. De quoi sommes-nous alors les partisans? De la République sociale! Comment comptons-nous nous y prendre? Par l’unité et le rassemblement populaire. Pour quoi faire? La République sociale. C’est le moment pour moi de lancer un appel particulier.
Dans ce creuset que veut être le Parti de gauche, l’idéal républicain tient le rôle de fil conducteur essentiel de notre temps. Mais un tel idéal reste une parole creuse s’il n’est pas refondé sur son socle humain. Ce qui fonde l’intérêt général, racine de l’exigence républicaine, est l’unité naturelle de l’espèce humaine, son indivisibilité. Or, celle-ci ne peut être pensée hors de son écosystème.
Nous, la gauche traditionnelle, devons reconnaître que nous n’avons toujours pas réellement fait de cet élément une trame de nos programmes. Ce n’est pas la peine de raconter des histoires! Certes, dans la déclaration d’identité du Parti de gauche, nous proposons la planification écologique pour piloter la transition du mode de production actuel vers le mode de production futur. Certes, des écologistes sont présents parmi nos fondateurs et vous en avez entendu quelques uns tout à l’heure. Mais cela ne suffit pas! Nous avons besoin de beaucoup d’aide pour opérer profondément, et en premier lieu sur nous-mêmes, la révolution idéologique que l’écologie politique nous propose et qu’il convient de réaliser.
J’en appelle aux écologistes de gauche, aux tenants de l’écologie sociale, je veux dire: faites comme nous l’avons fait au Parti Socialiste, ne vous laissez pas embarquer par le politicien de centre-droit qu’est Cohn-Bendit, dans ses aventures sans principe. Rompez les rangs! Ne ratez pas l’occasion qui vous est offerte. Nous vous attendons, les bras ouverts, afin que vous nous aidiez à formuler correctement les mots d’ordre du futur. Nous avons besoin de vous! Aidez-nous! Rejoignez-nous! Ne nous laissez pas!
Amis, camarades, ne croyez pas qu’il soit facile pour un homme politique qui a mon passé, mon expérience et ma culture, comme d’autres ici, de parler comme je viens de le faire. Mais, il est temps que nous fassions tous la révision générale de nos certitudes, que nous ayons la modestie de recommencer à zéro notre pensée pour la réorganiser, la restructurer, la reformuler, la rendre compréhensible et la traduire en mesures concrètes.
La crise du capitalisme nous oblige à réinventer la gauche, et ce dans l’action. Après la chute du communisme d’Etat et la déroute de la social-démocratie, devant les limites si vite atteintes par l’écologie politique, il va falloir, en résolvant concrètement les problèmes, devenir les inventeurs d’un nouveau chemin. Nous n’avons pas le choix. C’est là la nouveauté!
Le capitalisme a déjà eu des crises et l’on sait comment toutes finissent. Nous sommes à ce moment de l’histoire! La crise du capitalisme, comme les dix-sept fois précédentes, commence par une crise du capital financier ; elle se transmet ensuite à l’économie réelle ; elle devient alors une crise sociale puis une crise politique ; et elle sera donc une crise des relations non seulement au sein de chaque nation mais aussi entre elles. Il faut regarder cette crise en face. Il faut en accepter d’en comprendre toute la gravité pour être capable de prendre sa responsabilité d’adulte éclairé et faire des choix, non en fonction de ce qui est bon pour soi, pour sa carrière politique, pour ses petits intérêts du moment, pour son canton ou son village – si respectables qu’ils soient – mais en fonction du futur, de ce qui est bon pour tous, pour le pays et pour l’humanité.
Il faut mettre un coup d’arrêt à ce que prépare la crise du capitalisme. C’est pourquoi il faut nous doter d’un nouvel outil, un outil propre, un outil de combat que nous allons mener à mains nues quand bien même nous n’aurions rien d’autres que notre dévouement. Toujours, il permettra de dominer notre dénuement… Il suffit que l’on s’y mette et tout s’arrange ; il suffit qu’on le veuille et tout est possible ; il suffit d’y mettre l’énergie qu’il faut y mettre!
A cette crise, s’ajoute la catastrophe écologique qui s’avance. Le moment politique est encore celui où l’on peut inverser la pente des choses. Rien n’est fatal, rien n’est joué d’avance et rien n’est déterminé. L’histoire est faite par les êtres humains eux-mêmes et ils sont capables de s’en rendre maîtres, à la condition qu’ils se rendent maîtres tout d’abord d’eux-mêmes, de la société et de la politique. Evidemment, face à cette crise, on connaît au moins une voie qui ne sert à rien, celle des partis de droite. D’ailleurs, vous en avez le résultat sous les yeux: leur système ne marche pas.
Se sont-ils assez moqués de nous, de nos archaïsmes, de nos idées toutes faites, paraît-il? Ont-ils assez raillé l’Etat-providence, les privilèges, comme ils disent pour parler des acquis sociaux des travailleurs, quand ils évoquent pour eux des récompenses, s’agissant des profits qu’ils leur pillent? Ont-ils assez ironisé affirmant que nous n’avons rien compris car nous voulons mettre de l’Etat et de la raison dans le fonctionnement de la société? Ont-ils sérieusement prétendu que la loi naturelle du marché, cette chère «main invisible», allait, par sa seule action, à la condition que les uns puissent s’empiffrer tandis que les autres pâtissent, tout arranger et tout régler? Le désastre est là aujourd’hui, sous nos yeux! La gauche sait donc que le capitalisme est toxique pour l’humanité.
La deuxième voie qu’il faut éviter d’emprunter car elle ne sert à rien, elle non plus, est le social-libéralisme. Ce que j’en dis n’est pas un procès d’intention et nous ne reprochons à personne, sinon son entêtement, d’en tenir pour cette orientation totalement archaïque et incapable de faire face aux défis du futur pour l’humanité.
En Amérique latine, tout ce qui s’est fait s’est fait contre les socio-démocrates ou sans eux. En Europe, la situation est la suivante: le social-libéralisme oscille entre l’autodissolution, comme c’est le cas au sein du parti démocrate italien, et le gouvernement commun de grande coalition avec la droite, comme c’est le cas en Allemagne, en Autriche, en Slovaquie, en Hollande ou au Luxembourg ; mais, il va parfois plus loin, puisqu’il arrive qu’il remplace purement et simplement la droite, comme c’est le cas en Angleterre. Avec cette ligne politique, il est impossible de faire un mètre en avant et de régler les problèmes que l’on rencontre à cet âge de l’humanité.
Nous ne réglons pas des comptes personnels, nous respectons les personnes qui ne sont pas de notre avis. Nous ne comptons mener aucune guerre de personne contre Martine, Ségolène, Laurent ou autres. Nous ne réglons que des problèmes politiques, nous respectons les autres et c’est pourquoi nous demandons à être respectés, d’autant plus que nous représentons le peuple français qui vote non.
Tout ce qui a été fait dans le monde l’a été grâce à la méthode de l’action populaire. En effet, l’action populaire a permis à tous les gouvernements progressistes de l’Amérique latine de faire face à l’empire et de le battre ainsi que de développer leur société. L’implication populaire est la clé de la transition démocratique à laquelle nous aspirons. Dès lors, le Parti de gauche ne proclame pas une nouvelle doctrine globale, il se contente d’affronter des problèmes. Il recherche des solutions en lien avec les mouvements de la société, il le fait à la lumière de l’expérience. Sa méthode intellectuelle est le débat raisonné et argumenté sans a priori. Son projet socialiste porte un nom, la République sociale en France et dans l’Union européenne. L’appui qu’il recherche réside dans une société mobilisée et de citoyens motivés.
Le Parti de gauche affirme qu’un autre futur est possible plutôt que le capitalisme jusqu’à ce que mort s’en suive. Il s’agit d’un futur où la marchandisation recule au lieu de tout envahir, où l’argent n’est plus le roi des cœurs, où les créateurs et les savants parmi l’humanité marchent devant et les financiers derrière, où ceux qui font tourner la machine du quotidien, les travailleurs qualifiés, sont respectés, honorés et vivent dignement de leur travail, où le droit au bonheur n’est pas un slogan de supermarché ouvert le dimanche, où la vie douce n’est pas le droit au gaspillage et au saccage écologique. Il s’agit d’un monde où le travail encore et toujours n’est pas la frontière entre la vie et la mort sociale, bref, d’un futur tout simplement humain.
Mes amis, je vous ai présenté le programme du parti dans ses grandes lignes, je vous ai défini le parti lui-même. C’est maintenant le moment de vous dire comment nous réaliserons tout cela. En effet, le meilleur des programmes, le plus formidable des partis et les meilleurs des orateurs, tout cela n’est rien, si nous ne savons pas comment permettre le regroupement des forces qui rendront notre projet possible.
Ce qu’il ne faut pas faire, c’est affirmer qu’on est ancré à gauche – c’est quand même le moins que l’on puisse faire pour un parti de gauche – et ajouter aussitôt que l’on est réformiste et européen. Cela signifie simplement que l’on ne touchera pas aux fondamentaux du capitalisme! En d’autres termes, on ne fera rien. Cela constitue le nœud coulant avec lequel la gauche s’étrangle elle-même et qu’il faut desserrer par la démocratie.
Nous devons au moins tirer une leçon de ce constat: il faut mettre en quarantaine le social-libéralisme, car il est contagieux. Il est impossible de rassembler une majorité en faveur de transformations sociales sur la ligne social-libérale, de même qu’on ne peut pas gouverner sous la domination de cette ligne parce qu’elle conduit à l’échec politique et au retour encore plus agressif de nos adversaires.
Pour autant, n’y a-t-il aucune issue? Faut-il se résigner à n’être qu’une parole de témoignage ou le bagage accompagné d’une force tellement plus grande que soi que nous serions condamnés à être les représentants officiels des grognons et des frustrés? Nous ne le croyons pas.
Voici notre proposition. Pour rassembler une nouvelle majorité dans notre pays, il faut changer de majorité à gauche et le proposer de manière responsable et crédible. Le suffrage universel doit désigner ceux qui marchent en tête de la gauche! Il faut régler cette question par la méthode de la démocratie, c’est-à-dire expliquer, argumenter et convaincre. Il faut donc accepter la compétition, la vouloir, la mener devant le peuple et la gagner dans des conditions qui ne compromettent pas les chances de la gauche pour l’avenir. C’est dire qu’il faut mener cette bataille sans anathème ni mise au pied du mur!
Le calendrier nous offre cette possibilité. En juin prochain, auront lieu les élections européennes, qui sont des élections internes à la République française. En effet, 80 % des lois qui s’appliquent en France sont des transpositions de directives européennes et 100 % des lois qui sont votées en France doivent être conformes aux traités européens. Ce sont les dernières élections générales, avec un contenu hautement politique, avant celles de 2012, date à laquelle les compteurs devront être mis là où ils doivent être.
Nous devons faire des élections européennes un référendum politique sur le Traité de Lisbonne, puisque de nombreux députés de droite mais aussi socialistes, radicaux et écologistes nous en ont privés! De cette façon, nous réglerons deux questions politiques d’un seul coup.
La première sera une question de fond à laquelle les Français répondront qu’ils confirment leur opposition à l’Europe libérale et qu’ils exigent une Europe sociale, démocratique et pacifique qui ne roule pas dans les fourgons de l’OTAN.
La seconde question concernera l’orientation que je viens d’énoncer qui se présentera alors non seulement comme une orientation majoritaire à gauche, mais aussi comme une alternative. C’est pourquoi nous avons pris l’initiative de proposer que, à l’occasion des élections européennes, se constitue un Front de gauche rassemblant tous les partis de gauche, et seulement les parties de gauche, qui se sont opposés au traité constitutionnel et qui représentent la majorité du peuple français.
Le Parti de Gauche existe. Il a son programme. Il dispose d’une stratégie, la stratégie du Front de gauche.
Camarades, amis, la constitution de ce front a débuté. Le Parti de gauche et le parti communiste, ensemble, chacun avec leur identité et leurs arguments spécifiques, ont fait le premier pas. Le Front de gauche a donc commencé à exister. Ce n’est pas un rêve, ni une promesse, c’est une réalité! Mais ce front est incomplet. Nous ne voulons pas qu’il soit un tête-à-tête. Ce n’est pas notre projet, ni celui du parti communiste. Nous voulons que tous ceux qui le souhaitent puissent participer à ce front. En effet, si nous y sommes tous rassemblés, alors nous pourrons atteindre l’objectif que nous nous sommes fixé pour les élections européennes. Si nous sommes sérieux, si réellement nous sommes attachés à gouverner ce pays autrement, si nous voulons constituer une nouvelle majorité parlementaire, alors tout commence lors de ces élections. Le Parti de gauche ne réclame rien pour lui-même, sinon l’honneur d’être ce trait d’union qui permettra à cette nouvelle majorité de naître.
Nous devons porter, dans la sphère politique, la protestation sociale du pays qui rentre parfois la tête dans les épaules, qui souffre parfois en silence. C’est dur d’être de gauche, c’est dur de lutter, c’est pourquoi nous allons porter en politique la parole de la protestation.
Ne rentrez pas la tête dans les épaules et écoutez-nous! Nous pouvons faire autrement, rien de tout cela n’est naturel, rien de tout cela n’est fatal. Il s’agit du régime de la droite, celui de l’exploitation. Or, nous pouvons en finir, nous pouvons gouverner la France autrement. Elle est assez riche pour nourrir tous ses enfants, pour que chacun vive dignement du produit de son travail.
Notre premier devoir est un devoir de protestation politique. Nous devons nous battre pour le bouclier social. Que l’on ne vienne pas me dire qu’il n’est pas possible de le mettre en place. Lorsqu’une période d’état d’exception économique est instaurée pour les banques, une période d’état exception économique peut l’être aussi pour les travailleurs!
Nous exigeons l’instauration d’une mesure de sauvegarde, le droit de moratoire suspensif sur les délocalisations et les licenciements boursiers. Si nous gouvernions à cette heure, personne ne délocaliserait une machine, un brevet ou une entreprise de notre pays, tant qu’il n’aurait pas sorti le nez de l’eau. Non, pendant que nous souffrons, vous ne continuerez pas le pillage!
De la même manière, nous voulons inscrire ce bouclier social dans la durée. Il consisterait à ce que le travailleur qualifié emporte, d’une entreprise à l’autre et d’un emploi à l’autre, les droits qui sont attachés à sa personne, à son parcours, à la valeur qu’il s’est acquise par le travail qu’il a fourni tout au long de sa vie.
Enfin, si nous gouvernions, nous décréterions un moratoire de toutes les mesures de libéralisation prévues par l’Union européenne, et notamment celle concernant l’ouverture à la concurrence de l’énergie et des transports.
Le lancement du Parti de gauche s’est fait sous les auspices de l’internationalisme avec des messages d’Amérique latine et la présence d’Oskar Lafontaine. Il se conclut sur un message de fraternité humaine, de solidarité et de combat.
A toutes et à tous, nous adressons un au revoir plein d’espérance. Ce pays est le nôtre et nous pouvons le changer pour peu que nous soyons une majorité. Or nous allons travailler à la constituer!
Mes amis, je finis, comme cela se fait toujours en France, avec une petite citation. Il s’agit de ma citation fétiche du philosophe Gaston Bachelard: «l’avenir, ce n’est pas ce qui va arriver, c’est ce que nous allons faire».
Allez en force! Vive la République! Vive le socialisme!
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